Thomson MO5 / TO7 et Plan Informatique pour Tous (1984)
Micro-ordinateurs français à processeur Motorola 6809E et programme national d'équipement scolaire de 1985
Fabriqués en France par Thomson-CSF / SIMIV autour du microprocesseur 8 bits Motorola 6809E et d'un crayon optique intégré, les Thomson TO7, TO7/70 et le compact MO5 (lancé en juin 1984) constituèrent le socle matériel du plan Informatique pour tous (IPT) annoncé en janvier 1985 par le Premier ministre Laurent Fabius. Avec plus de 120 000 postes installés dans 50 000 établissements, les commandes publiques de logiciels ont financé l'essor des premiers éditeurs français de jeux vidéo.
Architecture Motorola 6809E, crayon optique et classes en Nanoréseau
Soucieux d'assurer une autonomie industrielle française dans la micro-informatique familiale, le groupe Thomson-CSF (via sa filiale SIMIV) articula sa gamme 8 bits autour du microprocesseur orthogonal Motorola 6809E cadencé à 1 MHz et d'une sortie vidéo RVB native au standard Péritel. Après le Thomson TO7 lancé fin 1982, le constructeur commercialisa deux machines clés en 1984 : le TO7/70 enrichi et, dès juin 1984, le compact Thomson MO5 à touches en gomme, conçu pour rivaliser en prix avec le ZX Spectrum britannique et le Commodore 64 américain. Ces deux modèles affichaient une résolution graphique de 320x200 pixels dans une palette de seize couleurs (avec contrainte de deux couleurs par segment de 8x1 pixels), intégraient le langage Microsoft BASIC en mémoire morte et logeaient dans leur boîtier un crayon optique permettant d'interagir directement sur le tube cathodique. Le 25 janvier 1985, le Premier ministre Laurent Fabius présenta le plan Informatique pour tous (IPT), doté d'environ deux milliards de francs pour former 110 000 enseignants et équiper plus de 50 000 établissements scolaires de plus de 120 000 machines nationales. Les salles de classe reposaient sur le Nanoréseau développé à l'université de Lille, reliant jusqu'à trente et un postes élèves MO5 ou TO7/70 à un serveur 16 bits Bull Micral ou Goupil.
Commandes publiques de logiciels et capitalisation des studios français
Bien que plusieurs rapports parlementaires aient critiqué à la fin des années 1980 l'obsolescence rapide de ce parc 8 bits face à la généralisation des compatibles PC 16 bits dès 1989, les historiens de l'économie numérique soulignent le rôle décisif des budgets logiciels de l'IPT dans la structuration de l'édition vidéoludique française. Parallèlement au matériel, le ministère de l'Éducation nationale acheta par dizaines de milliers des « valises logicielles » réunissant langages LOGO et BASIC, didacticiels d'histoire-géographie et jeux de logique, garantissant aux éditeurs nationaux des redevances fixes sans risque d'invendus en magasin. De jeunes sociétés indépendantes — au premier rang desquelles Infogrames à Lyon, Coktel Vision, Loriciels, France Image Logiciel (FIL) et Vifi-Nathan — bénéficièrent ainsi de commandes publiques de plusieurs millions de francs qui consolidèrent leur trésorerie à un stade critique. Ces studios réinvestirent directement ces capitaux dans des productions commerciales d'arcade et d'aventure puis dans la transition vers les architectures 16 bits Atari ST et Amiga, illustrée par les adaptations de bande dessinée d'Infogrames, le catalogue de Loriciels et l'orientation de Coktel Vision vers le jeu d'aventure. L'association française de préservation du patrimoine numérique MO5.COM tire d'ailleurs son nom de cet ordinateur scolaire de 1984.