GAP GAME ARCHIVE PROJECT

Gimbot et la culture de location ambulante de consoles LCD (1985)

Économie informelle de micro-location ambulante de consoles portables LCD Casio et Nintendo

Indonesia · 1985 · culture

Apparu dans les villes indonésiennes au milieu des années 1980, le terme « Gimbot » (dérivé de « Game Robot » et « Game & Watch ») désigne à la fois les jeux électroniques portables à écran LCD monochrome et l'économie informelle de rue dans laquelle des marchands ambulants louaient à la minute des appareils Casio et Nintendo attachés par des ficelles devant les écoles.

Gimbot et la culture de location ambulante de consoles LCD (1985)

Lexicalisation générique et canon matériel LCD Casio-Nintendo

Au cours de la première moitié des années 1980, les fabricants d'électronique japonais tels que Nintendo, Casio, Bandai et Epoch ont diffusé à l'échelle mondiale des consoles portables mono-jeu dotées d'écrans à cristaux liquides (LCD) monochromes à segments pré-imprimés, pilotés par des microcontrôleurs 4 bits. En Indonésie, où le prix de vente des jouets électroniques importés du Japon dépassait largement le budget mensuel de la majorité des ménages urbains, les consommateurs et les marchands ont contracté les appellations anglaises « Game Robot » et « Game & Watch » pour former le nom commun gimbot. À l'instar d'« Atari » ou de « Nintendo » devenus des antonomases dans d'autres régions, gimbot a fini par désigner tout jeu électronique portable autonome. Parmi les modèles les plus répandus figuraient les appareils Casio à écran large ou double écran — en particulier l'emblématique jeu de tir Western Bar (CG-300, 1984), Submarine Battle (CG-330) et Heli-Battle — aux côtés des Game & Watch Multi-Screen de Nintendo (Donkey Kong II, Popeye), puis dans les années 1990 des clones taïwanais et chinois « 9999-in-1 » Brick Game.

Le dispositif de location à la ficelle de raphia et l'économie informelle de rue

Pour pallier le coût prohibitif du matériel importé face à la demande enfantine, un secteur informel de micro-location (sewa gimbot keliling) s'est structuré aux abords des écoles primaires (Sekolah Dasar) et dans les quartiers résidentiels de Java, Sumatra et Sulawesi. Un loueur ambulant transportait un panneau de bois pliant, un tabouret ou un porte-bagages de bicyclette regroupant cinq à dix consoles LCD protégées par des coques en contreplaqué. Chaque appareil était relié au cadre par un cordon d'un à deux mètres en raphia synthétique coloré (tali rafia), permettant à plusieurs enfants de jouer accroupis côte à côte à l'ombre tout en empêchant les vols. Contre 50 à 100 roupies indonésiennes — l'équivalent d'une confiserie de rue —, l'enfant louait une console soit pour une durée de dix à quinze minutes contrôlée par un minuteur mécanique, soit jusqu'à l'apparition de la mention « Game Over ». Dans l'histoire mondiale du jeu vidéo, le sewa gimbot constitue une adaptation décentralisée unique ayant converti des gadgets individuels japonais en bornes d'arcade collectives de plein air.

Verification Sources