Abandonware et culture citoyenne de préservation du jeu vidéo (1997)
Sauver de la dégradation magnétique les classiques orphelins de l'ère disquette, Home of the Underdogs et la voie vers GOG.com
Cristallisé en février 1997 lorsque Peter Ringering forgea le terme et lança l'Abandonware Ring, le mouvement abandonware a émergé comme un effort citoyen de préservation numérique voué à sauver les jeux MS-DOS, Amiga et Apple II épuisés dont les éditeurs avaient disparu ou cessé toute distribution. Porté par des archives encyclopédiques telles que Home of the Underdogs et Abandonia, il a préservé des milliers d'œuvres orphelines de la dégradation magnétique jusqu'à l'avènement des boutiques rétro légales.
Droits d'auteur orphelins, dégradation des disquettes et éthique archivistique autorégulée
Alors que l'industrie de la fin des années 1990 basculait rapidement vers Windows 95, le CD-ROM et les accélérateurs 3D, des milliers de jeux micro des années 1980 et du début des années 1990 ont disparu des rayons tandis que faillites de studios et rachats enchevêtrés laissaient leurs droits de propriété intellectuelle orphelins. Face à la démagnétisation physique des disquettes 5,25 et 3,5 pouces, des archivistes bénévoles ont investi une zone grise juridique nettement distincte du piratage « zero-day ». Les sites respectaient un code d'éthique tacite : numériser manuels et roues de codes pour la postérité, refuser tout logiciel encore commercialisé et retirer immédiatement les téléchargements dès qu'un ayant droit ou l'IDSA/ESA émettait un avis ou rééditait un titre.
Home of the Underdogs, DOSBox et la naissance des rééditions rétro commerciales
Fondé en 1998 par Sarinee Achavanuntakul, Home of the Underdogs (HOTU) — bientôt rejoint par Abandonia en 1999 — a hissé l'abandonware du simple hébergement de fichiers au rang d'historiographie critique, mettant en lumière des perles méconnues du game design, d'obscures simulations et des classiques traduits accompagnés d'analyses érudites. Associées aux avancées open source de compatibilité ScummVM (2001) et DOSBox (2002), ces bibliothèques citoyennes ont prouvé l'existence d'une immense demande pour le patrimoine du jeu vidéo, ouvrant directement la voie à la boutique sans DRM GOG.com (Good Old Games) de CD Projekt en 2008, aux restaurations de Nightdive Studios et à la collection MS-DOS jouable sur navigateur d'Internet Archive.